Abstractions ambiguës – Natalie Lamotte l'accès au réel –
Depuis 2000 (exposition «Comportement n.m. à l'Espace Paul Ricard) la recherche de Natalie Lamotte repose sur l’étude et la transcription abstraite de cet espace d’abord mental, qui s’invente dans et par le cerveau avant d’être reconnu dans la réalité. La peinture est, pour elle, la dimension temporelle visant à dépasser l’immédiateté de la vision.
" Je ne peins pas à partir d'un visuel prédéfini, voyez ce que vous voulez. Par une extrême concentration, je veux dire, la nécessité, l'essence même de cet instant là...minimal ".
Une toile, un fond blanc, violent, de grands formats, du rouge (ou ses tons dérivés), des masses peintes, de couleurs denses et transparentes en suspension, des formes ambiguës, abstraites, à la fois intimes et organiques mais déconnectées du visible, traduisent des états charnels issus d’un processus puissant et vital d’arrachement à fortes connotations sexuelles. Il est possible de percevoir son travail comme une certaine résistance, dans un monde saturé incohérent, Natalie Lamotte veut exprimer la beauté, la force et la violence du vivant. Ses recherches actuelles l'emmènent vers des constructions monumentales d'espaces clos pour une implication du spectateur dans l'expérience de ce "moment de l'intérieur".
Damien Sausset, extraits du texte paru dans le catalogue, Natalie Lamotte, 2007, écrit: (...) "Par sa peinture, Natalie Lamotte énonce, avec puissance et retenue, avec grâce et sévérité, une nécessité du regard. Non pas une nouvelle problématique de la représentation qui viendrait s’ajouter à celles ayant jalonné l’histoire de l’art mais plutôt une volonté de puiser dans la peinture les moyens d’une reconsidération de notre monde. Les toiles de Natalie Lamotte mobilisent le regard, l’appellent, l’animent et le mettent en vigilance. Il ne s’agit donc pas de construire des images qui convoquent le réel mais bien de montrer que la réalité de l’image est l’accès au réel même. Pour cela, toute figuration et même la volonté d’une transcendance par l’abstraction ne peuvent intervenir. Ce serait rabattre encore la peinture sur la vision. Natalie Lamotte ne fait disparaître ni l’image, ni le signe, mais en donne des équivalents et mobilise ces derniers vers le regard, et le regard vers le réel. Évidemment, ces toiles posent des formes. Elles sont pourtant sans attaches et peuvent être perçues comme autant d’évocations du monde sensible au point qu’il est possible de les lire comme des fleurs, des fragments d’une réalité microscopique soudain révélée, comme ces replis si intimes du corps humain, des lèvres repues de sève ; à moins qu’elles ne soient la violence de la chair mise à nu ? Difficile de trancher. Mais cela est sans importance" (…).
"I do not paint from a visual pre-defined, see what you want, by extreme concentration, I mean the necessity, essence of this moment ... is minimal."
It is the study abstract and the transcript of the first mental space, which is rapidly and in the brain before being recognized in reality. The painting is the temporal dimension beyond the immediacy of vision.
It is possible to perceive my work as some resistance.
A canvas, a white, violent, large sizes of red (or its derivatives tons), masses painted color dense and transparent matter, ambiguous forms at once intimate and organic but disconnected from the visible.
My current research take me to monumental constructions of spaces for a role of spectator in the experience of this "moment of the Interior."
Damien Sausset (critic Art Press, Connaissances des Arts), write: (...) "Natalie Lamotte uses her painting -- with power and reserve, grace and severity -- to express the necessity of using our eyes. She does this not by a new approach to representation to be added to all those that have already characterised the history of art, but rather with the desire to draw from the painting the means to reassess our world. Natalie Lamotte’s canvasses mobilise the eyes, call them, animate them and make them watchful. It is not a question therefore of building images that convoke reality, but rather to demonstrate that the reality of the image is itself the access to the reality. To do this, no representation, nor even the will to transcend by abstraction, can intervene. This would pull the painting back into the vision. Natalie Lamotte makes neither the image nor the symbol disappear, but gives them equivalents, mobilising these towards the eyes, and the eyes towards reality. Obviously, these canvasses set down forms.They are, however, without attachment, and can be perceived as so many evocations of the world of the senses, so that it is possible to read them as flowers, fragments of a microscopic reality suddenly revealed, or as those oh-so intimate folds of the human body, the lips replete with vitality; unless they are in fact the violence of the exposed flesh? It is difficult to decide. But that isn’t important" (...)
Publications/ textes
Damien Sausset, critique (ArtPress, Connaissances des Arts), texte du catalogue "Natalie Lamotte", 2007
François Michaud, conservateur au Musée d'Art Moderne Ville de Paris, "Là est Kiga", 2007
Françoise Monnin, critique d'art (Connaissances des Arts, Exporevue, Air France), "Rouges Baisers", 2008
Jean-Louis Poitevin, ancien directeur de l’Institut français d’Innsbruck, critique d’art (lacritique.org)" Nués de chair" 2007 et "Une ogresse en peinture", 2005
Françoise Monnin, propos recueillis, catalogue exposition "coup de foudre" , 2004
Aurélia Rouvier, critique (Ubik, Jeunes créateurs), "Masse", 2001